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Le sanglot de l'homme blanc: Tiers-monde, culpabilité, haine de soi

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1983. Depuis la décolonisation, l'Occident a vécu avec le sentiment d'une effroyable dette à l'égard du tiers-monde. Cela s'est traduit sur le plan intellectuel par le développement d'une idéologie - le tiers-mondisme - qui tend à rendre les dominants d'hier responsables de toutes les souffrances des pays du Sud, que cette responsabilité soit ou non avérée. Dans ce livre, P. Bruckner dénonce à travers le tiers-mondisme une tendance à l'autoflagellation qui, tout en flattant la bonne conscience de l'homme blanc, tendrait à dissimuler les vrais problèmes, l'esprit d'analyse étant remplacé par un sentimentalisme aveugle.

309 pages, Paperback

First published January 1, 1983

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About the author

Pascal Bruckner

96 books407 followers
Pascal Bruckner is a French writer, one of the "New Philosophers" who came to prominence in the 1970s and 1980s. Much of his work has been devoted to critiques of French society and culture. He is the author of many books including The Tyranny of Guilt, Perpetual Euphoria and The Paradox of Love. He writes regularly for Le Nouvel Observateur.

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776 reviews558 followers
June 8, 2020
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Entre la bonne conscience pharisienne et l'autodénigrement stérile, la seule prédilection que nous pouvons porter à notre monde est la dissonance.


Cet essai philosophique de 1983 porte sur la recherche d'une véritable prise en compte du Tiers-monde qui ne se réduise pas à des labels commodes, et ne donne ni dans les écueils de l'autodénigrement ni dans les poncifs de l'angélisme. C'est aussi un éloge vibrant du scepticisme et de la curiosité intellectuelle.

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1. RÉSUMÉ :

Bruckner part d'une critique d'un certain tiers-mondisme masochiste et autodépréciateur qui prétend racheter les fautes de l'Occident en se reniant et en embrassant tous les pays du Sud dans une même solidarité abstraite et indifférente qui les fige, les essentialise en une masse indistincte de peuples victimes (on pensera aux prises de position de Sartre à l'emporte-pièce).

On s'aperçoit qu'un tel point de vue sur ces pays se confond avec le mythe du bon sauvage (qui revient à projeter sur l'Autre nos déficiences et nos aspirations) et avec les discours portés par les empires coloniaux, qui prétendaient justement mener œuvre de civilisation en les occupant.


L'auteur de cet essai a donc cherché à mettre ses lecteurs en garde :

- Contre le mythe de l'Occident providentiel.
- Contre l'essentialisme qui revient à postuler la méchanceté foncière des Occidentaux ou une immunité morale pour les États et les régimes issus de la décolonisation.
- Contre l'exclusion de l'un des termes de la dualité qui motive nos rapports avec l'étranger, notre prochain : altérité et identité.

Il finit par défendre l'autocritique raisonnée, la tradition de pensée critique comme l'une des plus grandes réalisations de l'Occident, devenue valeur universelle, et à laquelle il ne peut pas se soustraire sans dommage dans son rapport avec l'Autre.

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2. MON AVIS SUR LA QUESTION :

Dès le début de cette lecture, je me suis interrogé sur l'intérêt d'une entreprise qui vise à renvoyer les parties dos à dos et à se soucier exclusivement des luttes entre chapelles en Europe, à une analyse des ressorts de cette soif d'expiation, au détriment peut-être de la situation dans les nouveaux pays issus de la décolonisation. Je soutiens que l'auteur n'a répondu qu'à certains de ces questionnements.


Quelques idées que je trouve essentielles :

> Croisement des attitudes évangélistes, socialistes et marxistes dans la figure du pauvre du Tiers-Monde, en partie inventée, pour les besoins de la cause. On valorise la pauvreté en soi, ce qui revient à figer le Tiers-Monde dans une identité d'emprunt (dans un rôle de figurant ou de victime éternelle, dans les mots de Bruckner). Cette image plastique et docile a pu servir de faire-valoir à de nombreuses idéologies.


> Double mimétisme du colonisateur et du colonisé.

Le colonisé imite l'Occidental, mais à son tour, certains Occidentaux cherchent à nier leur identité culturelle pour devenir comme le peuple colonisé (ou comme la conception qu'il s'en fait...). Alors l'ancien colonisé occidentalisé leur propose l'exotisme qu'ils cherchent : une spiritualité accélérée, standardisée, un syncrétisme à la va-vite. Exemple des hippies.

Loin d'offrir une conception universaliste de l'homme, cette réutilisation des archétypes ethno-culturels issus du colonialisme prolongent et aggravent les méfaits issus du colonialisme en soutenant un relativisme culturel absolu, indépassable.


> P. Bruckner propose une hiérarchisation des priorités dans l'aide aux pays du Tiers-Monde, à l'image de la publicité caritative suivie de missions humanitaires ponctuelles, délimitées et en dernier ressort, plus efficaces que ce que la sensibilisation seule peut faire, même quand elle est bien faite.


> L'auteur dénonce la pitié médiatique, qui traite tout également et de manière lapidaire, qui transforme la crise en spectacle, et à force d'outrance la rend banale. Il souligne qu'elle produit une indignation sur commande, si on se tient dans une position passive par rapport aux sujets qu'ils balayent. La portée novatrice de la critique me paraît limitée. Ça me paraît toujours valable aujourd'hui.

D'ailleurs, qui sont les cow-boys de l'humanitaire et de la sensibilisation aujourd'hui ? Brut ? Konbini ? Vice ?


> L'impasse du relativisme culturel :

Le présupposé de pureté absolue chez le primitif se double du présupposé de décadence absolue chez l'Occidental. Ce relativisme culturel pose l'isolement absolu des cultures, aboutissant à une des formes les plus intransigeantes de ségrégation (voir la proposition de l'American Anthropological Association pour des Droits de l'Homme universels à l'ONU, 1947).

D'une part, on défend aveuglément chez autrui ce qu'on a toujours critiqué chez nous : le protectionnisme outrancier, le narcissisme culturel, l'ethnocentrisme invétéré.

D'autre part, ce versant cosmopolite/œcuménique à outrance prône la réconciliation des inconciliables, le syncrétisme incohérent, sans perspective historique, ce qui dénote un mépris souverain pour les cultures impliquées.


> Le chantage généalogique appuyé par les tiers-mondistes : une autre impasse

Paranoïa et mégalomanie de la prétention à être les pires, un statut qui s'apparente paradoxalement à celui d'une aristocratie. Tandis que les Occidentaux seraient consubstantiels à l'injustice et donc de ses pendants, la bonne conscience et la fermeture à l'Autre.

À l'inverse, les habitants du tiers-monde, infantilisés, auraient vocation à être les titulaires du pur et du meilleur. C'est trop facile.

On remarque encore une fois que ce discours se confond avec... celui du colonialisme !
Bref, il ne s'agit pas d'essentialiser la culpabilité et l'innocence...


> Le développement de l'Empire outre-mer et de l'école publique auraient partie liée ! (cf. Jules Ferry)


> L'auteur ne sépare pas pénurie économique et déficit démocratique.
Je suis d'accord. Ce sont deux problèmes qu'il faut traiter comme un seul.


> Bruckner prône l'autonomie, la liberté de choix et la responsabilité morale absolue des pays sortis de la colonisation. En d'autres termes, il leur nie toute immunité morale.

Je suis d'accord au sujet de l'immunité morale, qui ne revient à personne. Par contre, je suis moins d'accord avec la position de liberté de choix absolue. Ce ne sont les pays du Tiers-Monde qui décident des termes du choix. Je trouve ça dommage qu'il n'essaie pas de quantifier un tant soit peu la marge de manœuvre de ces pays dans le contexte de 1983.


> Bruckner soutient l'intervention extérieure en cas de manquements et violations aux droits fondamentaux dans les sociétés hors Europe, en avançant l'existence d'un certain nombre de valeurs universelles : la liberté, la paix, le droit à l'accès aux ressources vitales,...
En ce sens, il appelle le rapport annuel d'Amnesty International 'un immense progrès dans notre intolérance au malheur' et dans la mise en crise de régimes dictatoriaux.

Cet interventionnisme est la pierre de touche de son refus catégorique du relativisme culturel et moral absolus.

Son parti-pris est que les droits individuels, comme les réalisations scientifiques, ne sont pas l'apanage d'un peuple. Ils font partie du patrimoine du genre humain. Par exemple, ce sont les valeurs occidentales retournées contre les métropoles qui ont permis l'émancipation des colonies.

Au point que pour lui, les deux écueils sont le mimétisme consommatoire ou le mimétisme antidémocratique violent : les pays qui pensent sortir de l'orbite occidentale à si peu de frais se trompent : ce serait d'abord par une intégration revendiquée des valeurs 'héritées de l'occident' mais d'application universelle que les pays anciennement colonisées pourraient se donner les moyens d'accéder à la liberté.

Sur ce point, je ne suis pas certain de l'origine européenne de ces valeurs présentes dans les droits de l'homme (cf. Le vol de l'histoire)... Mais ce qui me paraît plus important, c'est que Bruckner ne les défend pas tant comme valeurs européennes ou occidentales que comme entrave à l'arbitraire politique à portée universelle.


> Bruckner souligne que si on peut dire l'Europe grande, c'est précisément en raison de sa tradition de la pensée critique.

De là à en faire une invention strictement européenne, je ne sais pas.


> Altérité et identité :

La rencontre, la communication sont par essence équivoques.
Bruckner veut mettre en garde chaque fois que dans l'échange avec l'autre on néglige l'un de ces termes : altérité et identité. Nous n'allons vers un autre que tant que nous sommes ancrés dans une identité culturelle propre ; à l'inverse l'autre ne se conçoit pas si on ne se garde pas d'en faire une projection de ses enthousiasmes et de ses manques.


> Eloge du tourisme et de l'exotisme, degré d'une relation à l'autre, marque de sa liberté de ne pas se livrer tout entier au touriste.

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Mes insatisfactions :

1. Le livre offre une solide histoire des représentations. En revanche, ce qui m'ennuie, c'est le vague qui caractérise presque tout ce qui se rapporte au bilan du colonialisme : il n'est jamais question de certaines dettes bien quantifiables, comme celle de la France vis-à-vis de Haïti, alors même qu'elles renforceraient, je crois, la démonstration de Bruckner. Après tout, il parle bien de l'empreinte du Royaume-Uni sur la société indienne...


2. Par endroits, Bruckner a l'air de mettre en doute que c'est l'enrichissement colonial qui a permis la Révolution Industrielle, ou plus exactement que l'industrialisation ne s'est pas faite indépendamment des pays plus pauvres (voir p.130 : 'le niveau d'industrialisation qui seul explique les gigantesques écarts de consommation' : on ne nie pas la différence économique immense, mais il n'est pas question de ce qui est à l'origine des différences d'une telle différence), ou de limiter le poids des rapports économiques dans la dépendance des États du Sud par rapport aux autres, dans un contexte de codépendance il est vrai. Ce n'est pas le seul facteur de plus ou moins grande réussite économique et politique, mais ça me paraît pour le moins hasardeux de le négliger.


3. Ici encore, quand P. Bruckner aborde la tendance occidentale à l'auto-accusation, il n'en discute pas le bien-fondé et ne quantifie pas la possibilité de la réparation des torts quand l'accusation est fondée et délimitée. Il évoque trois axes de culpabilité, mais ce n'est pas un critère quantifiable. Enfin, il moque l'utilisation généralisée du terme 'néo-colonialisme', mais n'évoque pas dans le détail les pratiques qui s'y rattachent et leur poids relatif sur la situation des pays.

'Ainsi, pour expliquer les désastres, la répression, la corruption, le népotisme, la stagnation qui sévissent dans l'hémisphère Sud, recourt-on à ce concept magique entre tous : le néo-colonialisme. Puisque l'Europe n'a quitté ses possessions que pour mieux y rester, c'est à elle d'assumer les fautes et les erreurs qui s'y commettent. Merveilleux court-circuit : à nouveau le présent n'est qu'un duplicata du passé, et l'antique imprécation peut se donner libre-cours : torture-t-on dans les prisons d'Iran, de Syrie, d'Algérie ? C'est que leurs policiers « sont les élèves de nos flics » (Claude Bourdet). Le chiisme se raidit-il en un fondamentalisme obscurantiste ? C'est parce que les « "solutions" de l'occident ont fait faillite » et condamnent certains pays à l'intégrisme (Roger Gauraudy). La misère progresse-t-elle à grands pas ? C'est en raison bien entendu des multinationales et de leur pillage éhonté. [...] Bref, au lieu de faire la part des choses, de chercher les causalités déterminantes, on entretient avec prédilection les causalités lointaines qui exonèrent les États tropicaux. Fauteur universel, le néo-colonialisme devient ainsi le moyen de repousser à perpétuité les vrais problèmes. [Note de bas de page : « La dépendance coloniale ne détermine pas tout l'espace politique que nous vivons », écrit, à propos de la Tunisie, Hélé Béji [...]]'


4. Le traitement trop rapide à mon goût de la question de l'histoire d'Israël, un exemple pourtant emblématique à la fois de la question de l'altérité et de l'occident pour Bruckner. Pas même de mention aux accords Pykes-Sicot.


5. Emploi récurrent de l'image et de la métaphore qui peuvent être d'un abord difficile et nuire à la rigueur de la démonstration quand on les emploie avec une telle libéralité.

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RÉFÉRENCES VOISINES :

Le marxisme, le tiers-mondisme, la solidarité universelle et abstraite :
Écrits historiques de combat
L'Insoutenable légèreté de l'être
(Sa séquence dans un pays du Tiers-Monde ; sur le kitsch et le doute)

La décolonisation et ses suites :
Histoire de la décolonisation au XXème siècle
Earthly Powers

Mimétisme et relation de domination :
Dependance

Le nivellement médiatique des sujets ; le marché de l'exotisme et du simulacre :
La Guerre du faux

L'aporie du relativisme culturel et moral absolu :
Le vol de l'Histoire. Comment l'Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde
Capital et idéologie

La plus ou moins forte influence de la langue sur la perception du monde et de l'Autre
Poésie du gérondif

La vie d'un expatrié
Cette terre promise


BANDE-SON :
The Advent of Panurge - Gentle Giant
Profile Image for Dan.
79 reviews
July 17, 2012
In this essay, Pascal Bruckner tackles the subject of Third-Worldism, the notion that the West is mainly responsible for the troubles of under-developed nations, from colonialism to globalization. According to William Beer, who wrote the introduction to the English translation, Bruckner identifies three forms of Third-Worldism: identification with the Third World, pity for the Third World, and imitation of the Third World. Identification implies that Western peoples are suffering under the yoke of capitalism like those in the Third World, and their plight becomes ours, although we in the West still live comfortably in our 'suffering'. Pity comes from the notion that since the West is rich, it must be guilty, based on the assumption that economic well-being is a zero-sum game, where the rich are so at the expense of the poor. And imitation derives from Rousseau's idea of the Noble Savage, a being who is closer to nature and is therefore not corrupted by civilization. This is the cause of much of the dabbling of Americans and Europeans in watered-down versions of eastern religions like Buddhism and Hinduism that continues to this day, 'back to nature' movements, and 'pilgrimages' to the Third World for souvenirs. In the end, the West with its wealth and technology is the enemy of mankind, and the Third World is the messiah that will reconcile humanity with itself. Bruckner shows why this is not only ridiculous, but extremely unhealthy not just for the West, but for the people that Third-Worldism is supposed to help. Compassion for the Third World quickly turns to contempt when the people we put on pedestals don't act the way we want them to. And compassion borne of self-hate is more dangerous than outright antipathy. Highly recommended.
Profile Image for Frederick.
Author 16 books11 followers
October 9, 2012
This is one of my treasured possessions. Bruckner's book ranks as one of the best politically oriented books I've ever read. He really reads the Liberal mind's hypocrisy very clearly. I had never met a more fundamental racist than a liberal and until this book I didn't understand why but Bruckner reads them like, well, like a book. This is a real eye opener and I recommend it to everyone.
Profile Image for Giuseppe Lombardo.
Author 2 books3 followers
December 11, 2016
L'opera di Pascal Bruckner ricorda, per molti versi, il pensiero e il modus operandi di Raymond Aron. Già scorrendo le prime pagine s'intuisce una affinità di scrittura, una volontà dissacrante di puntare l'indice contro i luoghi comuni del pensiero e della coscienza collettiva. "Il singhiozzo dell'uomo bianco" non è un trattato politico ma antropologico: valutando le azioni miserabili compiute dall'umanità tutta, Bruckner irride la miopia dei terzomondisti manichei, buoni a nulla capaci di addebitare ogni colpa all'Occidente in un cocktail di risibile tafazzismo. Questa sua analisi impietosa non è mai figlia di un razzismo o di volgari generalizzazioni superficiali: il tema dell'alterità e del confronto col prossimo è la vera traccia seguita dall'autore, il quale utilizza la propria vis polemica solo per strappare i veli dell'ipocrisia, del pietismo da salotto. "L'uomo del rimorso ha sempre bisogno di sommare due condizioni: dev'essere paranoico perché è megalomane" sintetizza con efficacia a pagina 208. Guai, però, a procedere sul versante opposto, a indugiare nell'autoindulgenza: "l'affermazione assolutamente esatta secondo cui i paesi sottosviluppati non sono esenti più di noi dal peccato di violenza non toglie nulla al fatto atroce del genocidio degli indiani dell'America Latina, alle guerre micidiali dell'imperialismo e della decolonizzazione" (p. 253). L'unica via per conoscere davvero il mondo "è ancora e sempre il charter, il miglior vettore dell'amicizia fra popoli".
Profile Image for Gurvan.
219 reviews4 followers
December 7, 2015
Même plus de 30 ans après, ce livre reste très actuel... Certes, on a un peu évolué depuis, mais finalement si peu... Le résultat est intéressant mais la prise de conscience est tardive, finalement...
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