"Le commencement de bien vivre c'est de bien écouter. Combien de gens se font du tort, parce qu'ils veulent s'exercer à discourir, avant d'avoir su tirer les fruits d'une leçon d'écoute. Ils se figurent que l'usage de la parole requiert apprentissage et pratique tandis que l'audition, elle, est une éternelle source de profit, quelle que soit la manière de s'en servir. Pourtant, ceux qui veulent bien jouer à la paume n'apprennent-ils pas à recevoir et à renvoyer la balle comme il faut ? De même, quand on écoute quelqu'un qui nous instruit, le premier devoir est de bien entendre ce qu'il dit." (Plutarque)
Plutarch (later named, upon becoming a Roman citizen, Lucius Mestrius Plutarchus; AD 46–AD 120) was a Greek historian, biographer, and essayist, known primarily for his Parallel Lives and Moralia. He is classified as a Middle Platonist. Plutarch's surviving works were written in Greek, but intended for both Greek and Roman readers.
Comment écouter (ou De recta ratione audienda) est une autre de ces petites œuvres morales de Plutarque. Il s’agit en fait de la transcription d’une conférence, qu’il adresse à un certain Nicandre.
Lorsque Plutarque parle de l’écoute, il s’agit d’une modalité particulière de cette activité, en particulier : l’écoute de l’apprenti vis à vis d’un maître. Il s’agit essentiellement de se rendre disponible au discours d’autrui et d’accueillir même (et peut-être surtout) ce qui nous dérange et, plus précisément, ce qui nous amène à changer. C’est tout l’esprit de l’apprentissage philosophique, entendu comme une réforme de la pensée et de l’action.
Il est amusant que les propos de Plutarque aient d’abord été une conférence, adressée à un auditoire, sans doute composé de timides autant que de petits-maîtres, dont il pointait du doigt l’écoute capricieuse.
Le commencement de bien vivre, c'est de bien écouter.
Delphes
Sur la vertu de l'écoute bienveillante:
Ainsi donc, en toute circonstance, le silence est pour le jeune homme un ornement assuré, et surtout lorsqu'il entend parler un autre. Il ne doit pas se troubler, ne pas se récrier à chaque parole : même si le discours ne lui plaît guère, il faut qu'il se contienne et attende que son interlocuteur ait fini de parler. Quand celui-ci a terminé, il doit ne pas reprendre tout aussitôt la parole, et comme dit Eschine, laisser quelques instants d'intervalle, soit que l'autre veuille ajouter quelques mots à ce qu'il a dit, soit qu'il ait à y faire des changements et des suppressions. Mais interrompre brusquement, ne savoir pas plus écouter qu'on ne sait se faire écouter soi-même, parler quand parle un autre, c'est manquer complétement de savoir-vivre. Celui, au contraire, qui a été habitué à prêter l'oreille en restant maître de sa personne et en montrant de la réserve, celui-là recueille et garde les discours utiles; et pour les discours inutiles ou faux, il les discerne et les reconnaît mieux. On voit qu'il recherche la vérité, qu'il n'est ni agressif, ni présomptueux, ni acariâtre. Aussi quelques-uns ont-ils dit avec justesse, qu'il vaut mieux de l'esprit des jeunes gens faire sortir la jactance et l'orgueil que l'air des outres, lorsqu'il s'agit d'y verser quelque chose d'utile; sinon, plein de vent et trop gonflé, cet esprit ne reçoit rien.
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Contre le dénigrement systématique:
Rien n'est plus facile que de blâmer le voisin; mais cette critique est stérile et vaine si elle ne nous sert pas à corriger en nous et à éviter des fautes du même genre. N'hésitons pas, quand nous voyons les autres mal faire, à nous répéter le mot de Platon
« Est-ce que par hasard je ne leur ressemble pas? »
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Contre les louanges outrées et hors de propos:
Maintenant, à la manie de mépriser s'oppose, par contraste, la manie d'admirer. Cette dernière provient sans doute d'une nature plus bienveillante et plus douce; néanmoins elle exige aussi beaucoup de ménagements, et peut-être en demande-t-elle davantage. Car si pour l'auditeur insolent et dédaigneux les orateurs qu'il entend sont moins profitables, pour l'auditoire enthousiaste et sans malice ils sont plus dangereux; et l'on aurait tort de blâmer le mot d'Héraclite :
« Le sot aime à se laisser éblouir par les discours qu'il entend ».
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Contre la vanité de l'autorité:
[E]n matière de philosophie, il faut faire abstraction de la renommée de l'auteur, et examiner ses doctrines relativement à leur valeur intrinsèque. Car de même qu'à la guerre il y a beaucoup de fausses alarmes, une audition se compose de bien des détails qui ne servent qu'à en imposer. Les cheveux blancs de celui qui parle, la composition de ses gestes, le froncement de ses sourcils, sa jactance, et surtout les cris, le tumulte, les trépignements de l'assemblée, tout frappe un auditeur jeune et sans expérience : c'est comme un courant auquel il se laisse entraîner. La diction exerce pareillement une sorte de tromperie, lorsqu'elle est douce et pleine, que les faits sont exposés avec une certaine ampleur et un certain appareil. De même que quand des vers sont chantés avec accompagnement de flûte on ne fait pas attention le plus souvent à ce qu'il y a de mauvais dans les paroles, de même un débit abondant et majestueux éblouit l'auditeur placé en présence de ce qu'on lui montre.
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Contre la préciosité:
De même que ceux qui boivent s'amusent quand ils n'ont plus soif à examiner les ciselures des coupes et à retourner celles-ci dans leurs mains, de même c'est lorsque le jeune homme aura été bien rempli de préceptes et reprendra haleine, qu'on lui permettra d'examiner la diction pour voir ce qu'elle a d'élégant et de recherché. Mais l'auditeur qui tout d'abord ne s'attache pas aux choses et à la substance, mais veut qu'on lui présente un style remarquable par son atticisme et sa délicatesse, ressemble à un homme qui refuserait de boire du contre-poison dans un vase pétri d'une autre argile que celle du promontoire Colias en Attique, ou de se couvrir en hiver d'un manteau dont la laine n'aurait pas été prise sur des moutons de l'Attique, et qui s'en tiendrait à un manteau bien transparent et bien mince, image de cette faconde de Lysias. Un tel verbiage ne saurait agir sur un auditeur et le laisse insensible. Ce sont ces goûts vicieux qui sont cause d'une si complète stérilité de bon sens et de méthode, qui ont introduit dans les écoles tant de charlatanisme et de bavardage. Les jeunes gens ne considèrent ni la vie, ni les actes, ni les principes politiques de l'homme qui se donne pour philosophe ; ils n'ont de louanges que pour des mots, pour de pompeuses professions de foi ; mais si ce qu'on leur a débité est utile ou non, nécessaire ou vide et sans portée, c'est là ce qu'ils ne savent pas et ce qu'ils ne veulent pas examiner.
Contre la prétention:
Rien de plus lourd, de plus insupportable, qu'un auditeur qui reste indifférent et insensible à tout parce que, trop convaincu de son mérite, il est plein d'un amour-propre profondément enraciné. En homme qui aurait à dire des choses meilleures que celles qu'il entend, jamais il ne fléchira la rigidité de ses sourcils, jamais il ne proférera une parole qui témoigne qu'il écoute avec bienveillance et avec plaisir. Ce sera un silence et une gravité de commande ; et par cette attitude affectée il cherchera à conquérir une réputation d'homme grave et profond, se figurant qu'il en est des louanges comme de l'argent : que plus on en donne aux autres, moins on en garde pour soi. Car bien des gens prennent mal et à contre-sens cette parole de Pythagore,
« que le plus grand avantage qu'il eût retiré de la philosophie, c'était de ne s'étonner de rien ».
Ces gens-là croyent que le sens exquis consiste dans l'obstination à ne louer, à n'honorer personne ; et ils veulent se rendre importants à force de dédain. Il est bien vrai que l'esprit philosophique fait disparaître les habitudes d'admiration et d'enthousiasme qui naissent de l'inexpérience et de l'erreur, parce qu'il enseigne à découvrir, à expliquer la raison de chaque chose ; mais la philosophie ne supprime pourtant point la bonté, la noblesse des sentiments, la bienveillance. Rien ne rehausse plus réellement, plus sûrement, le mérite personnel que l'aveu du mérite d'autrui. On s'honore le plus convenablement possible à honorer les autres, parce que l'on prouve que l'on est soi-même suffisamment riche en gloire sans avoir rien à envier sous ce rapport. Au contraire quand on est chiche d'éloges, il semble que ce soit par pauvreté, et que l'on en ait besoin pour son propre compte.
(Comme dit La Rochefoucault, La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts de l'esprit.)
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Sur la longanimité:
Les avis et les réprimandes ne doivent pas plus être écoutés avec indifférence qu'avec faiblesse. Car ceux qui supportent aisément et avec dédain les blâmes des philosophes, ceux qui vont jusqu'à rire des admonitions et à en remercier les admonestants, comme font les parasites devant les riches par qui ils sont nourris et bafoués, ces gens-là sont des effrontés fieffés, des insolents, et ils donnent une triste et douteuse preuve de leur fermeté en déployant une telle impudence. Si une raillerie non injurieuse et tournée spirituellement est lancée d'une façon plaisante, il n'y a ni lâcheté ni sottise à la recevoir avec égalité d'humeur et gaîté : c'est agir en homme d'un esprit libéral, en vrai Laconien. Mais quand pour vous reprendre et vous corriger, pour redresser en vous certain travers, on emploie, en guise de remède violent, un langage injurieux, irez-vous l'entendre sans une sorte de contraction, sans que la sueur vous monte au front, sans que vous soyez saisi de vertige ? Ne vous enflammerez-vous pas de dépit? Resterez-vous impassible, souriant et prêt à railler vous-même ? S'il en est ainsi, je verrai en vous un jeune homme déplorablement étranger à tout instinct généreux, privé du sentiment de la honte à force de commettre constamment de honteuses actions, et sur l'âme de qui, comme sur une chair endurcie et calleuse, la trace des coups ne laisse aucune impression.
Ce qui me fait penser au Misanthrope de Molière: Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien, Ce flegme pourra-t-il ne s'échauffer de rien ?
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Sur la persévérance:
De même que pour apprendre à lire, à jouer de la cithare, à s'exercer dans la palestre, les commencements de l'étude sont pleins d'embarras, de labeur et d'obscurité, mais qu'en avançant on s'habitue peu à peu à ces pratiques élémentaires et que l'on fait connaissance avec elles comme avec des personnes, si bien que tout devient agréable, familier, facile à dire, facile à exécuter; de même la philosophie offre, il est vrai, dans les commencements quelque chose de sec et d'étrange et par les mots qu'elle emploie et par les matières dont elle traite ; mais il ne faut pas que la crainte de ces préliminaires nous détermine à la laisser de côté, à fuir en hommes qui manquent de courage et que le moindre bruit épouvante. Que nos efforts s'appliquent avec persévérance sur chaque détail, que notre désir d'avancer soit constant, et nous pourrons compter sur les effets de l'habitude, qui a la propriété de rendre agréable tout ce qui est beau et honnête. Elle ne tardera pas, en effet, à venir : elle jettera une vive clarté sur l'objet de nos efforts, et nous inspirera des amours immenses pour la vertu.
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Sur les matières à exercice:
Si pour acquérir la science de bien écouter on a besoin de quelqu'autre précepte, on se remettra en mémoire ce que je viens de dire précisément tout à l'heure, à savoir que l'imagination doit être exercée concurremment avec la mémoire. De cette manière nous acquerrons un mérite qui ne sera ni d'apparat ni d'emprunt, mais qui nous sera entièrement personnel, parce qu'il s'appuiera sur une solide philosophie et parce que nous nous serons bien convaincus que le commencement de bien vivre, c'est de bien écouter.
Encore une bonne œuvre morale, fondée par une recherche du juste milieu, après avoir exposé différents écueils à éviter.
la mente non è un vaso, del resto: non necessita di essere riempita punto essa, piuttosto, come legna vuole del combustibile, per innescare l'impulso inventivo e lo sforzo verso la verità.
Un grande trattato morale e disciplinare sull'importanza spesso sottovalutata delle parole, sia in entrata che in uscita. Con l'atteggiamento di un fratello maggiore, Plutarco ci raccomanda di comportarci sempre con rispetto ed equilibrio, trovando nelle parole nostre e in quelle altrui scopi unicamente costruttivi. Valido 2000 anni fa così come oggi; infatti la società progredisce, ma la natura umana rimane la stessa. E non mi dilungo, altrimenti Plutarco si arrabbia.
Quando gli Spartani vennero a sapere che Filippo aveva raso al suolo Olinto uno di loro disse: << Egli, però, non sarebbe capace di costruire una città così grande!>>
Plutarco mi ha fatto riflettere sul rapporto tra interlocutore e ascoltare in maniera differente e nuova, l’autore offre importanti spunti e consigli su come ascoltare attentamente e fare attenzione quando si parla con qualcuno, poiché l’ascoltatore non ha un ruolo passivo, ma bensì fondamentale durante un discorso.
je n'oserais mettre 5 étoiles, avant d'avoir bien assimiler tout ce que Plutarque veut nous dire. j'avoue être tombée sur cette lecture par hasard, dans la petite bibliothèque de mes parents. le titre m'a tout de suite interpellé : Comment écouter. d'habitude, on nous apprend à bien parler (au grand damn des timides). mais qu'en est-il de l'auditoire ? n'a-t'il pas, lui aussi, un rôle à jouer ? c'est ce que Plutarque nous explique. j'ai trouvé ses arguments et ses raisons intéressantes, il m'a convaincue. même si je suis déjà ce qu'il préconise, j'ai encore du travail pour être plus active dans mon écoute et oser poser des questions.
ce qu'il met en avant et que je trouve beau : "il faut inventer en même temps que l'on apprend", ne pas mettre ses réflexions entre parenthèse, continuer de faire fonctionner notre sens critique, ainsi que l'intellectuel. Pierre Maréchaux nous parle de changement : "sommes-nous prêt à changer ?". l'écoute est une vertu importante, elle accompagne l'orateur ; car sans oreille, la bouche ne sert personne. ce dernier continue même cette réflection avec la musique et ses messages.
une citation de Plutarque que j'ai relevé (parmi tant d'autres) : "On dit encore que la nature, en nous donnant deux oreilles et une seule langue, voulut nous obliger à moins parler pour mieux entendre."
È incredibile come gli insegnamenti contenuti in queste pagine siano, dopo quasi duemila anni dalla loro composizione, ancora attualissimi e degni dei migliori trattati sulla materia. L'ennesima dimostrazione di quanto la cultura classica non sia affatto morta e di quanto l'essere umano, nonostante il trascorrere del tempo, resti sempre uguale a se stesso.
“La parola bisogna prima imparare ad accoglierla bene per poterla poi pronunciare.” Ho sempre timore di affrontare testi classici, opere di filosofi, autori latini o greci. La paura di non essere all’altezza mi accoglie ad ogni inizio lettura. Invece come accaduto per “L’asino d’oro” di Apuleio, anche in questo breve trattato sull’ascoltare e comunicare, mi sono trovato a mio agio! Certo la traduzione aiuta molto, ma i concetti espressi dall’autore sono talmente chiari, logici che non posso fare a meno di meravigliarmi e con l’immaginazione trasportarmi intorno all’anno 100 d.c. sedermi nel giardino di casa Plutarco, e ascoltare! Oltre ad aneddoti e citazioni sul modo migliore per offrirsi all’ascolto, Plutarco rimarca anche l’importanza della filosofia, che considera l’unico mezzo per “liberarsi dal buio e dalle scorie dell’anima”. Ottimo testo che consiglierei a tutti di leggere almeno una volta, ma, se potessi, renderei obbligatorio il suo studio a chi ha l’intenzione di dedicarsi alla carriera politica. Ho la presunzione di credere che i nostri politici ne trarrebbero un grosso vantaggio nell’applicare i consigli di Plutarco.
“... non era facile trovare una persona che sapesse più di quanto non parlasse, e in verità la natura ci ha dato due orecchie ma una sola lingua, per la ragione che siamo tenuti più ad ascoltare che a parlare.”
It’s fascinating how something written nearly 2,000 years ago is still so true and relevant to human nature. Truly listening is a powerful tool for understanding and being understood.
Una lettura semplice con qualche spunto di riflessione interessante. Dopo aver studiato un minimo la filosofia e cultura greca rileggere queste opere riesce a fare emergere alcuni problemi che si sono venuti a creare con la loro visione del mondo, che è poi quella che si è diffusa in Europa. Detto questo non gliene si può fare una colpa dopo tutti i secoli trascorsi, ma andrebbero letti oggi con un occhio critico.
Francamente mi aspettavo di più. Più osservazioni sulla bellezza e l'importanza dell'ascolto, sulla sua utilità sia nei confronti di noi stessi che per gli altri, verso cui porgiamo un orecchio, come una spalla su cui poggiarsi. E invece, causa una lunghissima introduzione, lunga quasi la metà del libercolo e chiaramente scritta per mantenere l'uniformità dei librettini a 120 pagine, introduzione che praticamente riscrive il discorso, già si perde di molto l'abbrivio per poi comunque non trovare tutti questi grandi osservazioni - se non le solite: che l'uomo non è cambiato di molto, da Plutarco ad oggi.
Libro molto istruttivo. (23/12/2020) Libro riletto tra la sera del primo e la mattina del due gennaio, si è riconfermato un testo da cui poter apprendere molto, soprattutto per un chiacchierone come me. (02/01/2021)