Dans le royaume de Ponance, ensanglantée par une guerre, on suit Sébrain, jeune homme dédié à la religion du Triste. Le worldbuilding est précis, dense, sans jamais nous noyer sous les informations grâce à une plume fluide et très visuelle.
⭐️⭐️⭐️⭐️/5
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💧 J’ai tout de suite été fascinée par les principes de cette religion imaginaire. L’importance du Triste, des larmes, et plus largement de la liberté (ou non) de culte traverse le récit de multiples façons. L’interdiction de l’Art, notamment, issue d’un principe religieux, devient un véritable nœud narratif.
💧 Très vite, Sébrain quitte sa vie de dévot pour se retrouver bouffon du roi après une scène rocambolesque lors d’un repas diplomatique. Il fait alors semblant d’être simple d’esprit pour survivre. Aimé, détesté, puis re-aimé, il évolue dans un contexte instable.
💧 À la cour, les mensonges s’enchevêtrent, et c’est là que le roman brille : intrigues politiques, complots, personnages nuancés et imprévisibles. Sébrain est toujours au mauvais endroit, au pire moment, et c’est un vrai plaisir de suivre son parcours.
💧 Le roi, personnage complexe, parfois cruel, m’a beaucoup marquée. J’ai aussi adoré Jeanny, ex-bouffonne bossue et complètement déjantée. Le casting, riche et plein de contradictions, m’a séduite.
💧 Ce que je regrette est la façon dont sont représentées les personnages féminins.
Trop souvent tournées vers les hommes et leurs aspirations plus que vers les leurs, certaines femmes restent prisonnières d’archétypes réducteurs (mère, vierge, p*tain), malgré quelques exceptions marquantes comme Mirande et Catheriniane.
💧 Le tout a été saupoudré par un brin d’orientalisme qui m’a faite grimacer, notamment lorsque le Sultan Eyd’Bahïr est protégé par ses servantes (: « feulaient », « que la fumée rendait animales », les « félines »), évoquant une imagerie exotisante d’une culture semblant proche de celle du Moyen-Orient, de l’Afrique du nord dans cet univers.
Ce sont les deux seules choses qui m’ont faite tiquer et qui ont empêché un coup de cœur total.
💧 Cela dit, j’ai adoré suivre Sébrain : personnage profondément humain, qui évolue moralement, oscille entre foi et désir, entre vérité et manipulation. Sa trajectoire de bouffon-conseiller-espion est brillante. Il y a ce petit quelque chose à la Robin Hobb dans l’écriture des personnages que j’ai beaucoup aimé. On sent l’influence de l’Assassin Royal, tout en créant quelque chose de nouveau, anglé différemment.
💧 Amateur d’intrigues de cour, de plot-twists, de worldbuilding fouillé et reposant sur une religion imaginaire, de personnages moralement border’ et d’intrigues en poupées russes : ce livre est fait pour vous.
J’ai véritablement hâte du tome 2, tout en pleurant déjà la fin qui promet d’être magistrale.
Merci aux @les_editions_actusf pour ce joli envoi (SP non-rémunéré).