« La vie à Capitale S est une glace parfum poison. »Imaginez un monde dans lequel le sommeil a disparu, dans lequel les rêves sont devenus une ressource à exploiter. Sur l’île de Capitale S., alors que l’enquête portant sur cette disparition du sommeil nous entraine dans les bas-fonds d’un monde dystopique, l’insomnie a franchi un nouveau stade, la révolte gronde, et une nouvelle drogue menace de faire disparaître tous les êtres vivants. Avec Capitale Songe, Lucien Raphmaj nous offre un premier roman très ambitieux mêlant des scènes d’action percutantes à une réflexion philosophique riche et acérée sur notre rapport au sommeil et au travail. Servi par une plume somptueuse et hallucinée, son univers puissant et créatif l’inscrit d’emblée dans le sillage d’Antoine Volodine et d’Alain Damasio.
L'argument ? La vie dans Capitale Songe, une île ''narcocapitaliste'' où les rêves, denrée convoitée, sont devenus la marchandise suprême.
L'histoire repose sur un style d'écriture que je trouve assez coriace voire irritant jusqu'à la moitié du roman à peu près - le temps de s'y faire -, mais qui, je l'admets, finit par participer à cette confusion permanente des frontières des êtres et des choses. Langue plastique et mutante qui n'est pas sans rappeler celle de Neuromancer et de Stand on Zanzibar, de Le Travail du furet ou encore de son devancier plus connu A Clockwork Orange
Enter the Void (2009), Gaspar Noé
Thèmes :
Dépendance à la fiction et au rêve, devenu moyen d'échange dans une cité libertarienne (''narcocapitaliste'') post-apocalyptique dominé par des intelligences synthétiques assoiffées de fictions et par leur entremise, de pouvoir. On navigue dans un entre-deux incertain un rien voisin de : Babylon Babies, La Possibilité d'une île, Les employés, Ubik, The Game-Players of Titan et Bioshock.
A screenshot of the underwater city Rapture, in Bioshock (2007)
L'univers urbain paraît moins obéir à une division orthonormée de l'espace qu'aux rapports de force mouvants entre éléments naturels, ingéniosité des intelligences animales/synthétiques, hiérarchie sociale, entropie. Un peu à la manière des bricolages pratiqués dans Metro 2033, FUTU.RE, et le célèbre Do Androids Dream of Electric Sheep?
Dark City (1998), Alex Proyas
Surtout, le point focal de cette histoire kaléidoscopique paraît se porter sur les mutations des êtres vivants et des idiomes, un peu à la manière de Faunes, Les employés, les jeux Sunless Sea et Scorn d'une part, de A Clockwork Orange, du groupe Soft Machine d'autre part.
Un roman de SF super dense qui ne prend pas vraiment la main de son lecteur. L'univers a l'air pourtant sacrément riche et complexe. La langue (très chouette et/mais très dense) est au rendez-vous aussi. Pourquoi pas donc, mais le nuage de fumée est trop intense pour m'y plonger correctement maintenant. Curieux du prochain à sortir en début 2023, il semblerait qu'il soit plus accessible.